La prison tue : hommage à Frédéric Grochain

Hommage à Frédéric Grochain ,détenu Kanak déporté en France, décédé le 6 février 2026

C’est avec à la fois effroi, profonde tristesse et rage que nous avons appris la terrible nouvelle du
décès de Frédéric Grochain, le 6 février 2026, retrouvé mort dans sa cellule, au centre pénitentiaire
de Varennes-le-Grand, en France, à l’âge de 31 ans.

Frédéric faisait partie des détenus Kanak déportés en France en juin 2024, parmi les vagues de
déportations de détenus du Camp Est qui ont eu lieu après le soulèvement populaire en Kanaky en
mai 2024.
L’autopsie établie annonce une « mort naturelle » et des problèmes de santé. Ceux-ci n’auraient pas
été correctement pris en charge. Une enquête a été ouverte et est en cours.
Sa famille et son avocate suivent le dossier.

Une série de questions se posent immédiatement. Mais quelles que soient les circonstances de sa
mort nous ne cesserons de rappeler que l’ordre colonial tue, et l’enfermement et la prison tuent.
Car être incarcéré est une survie psychologique et physique, dans l’isolement et l’opacité intérieure
de la prison, d’autant plus en situation coloniale.
Comme des dizaines de co-détenus, Frédéric a été déporté de force sur le territoire français, en toute
illégalité, sans pouvoir avertir sa famille, menotté pendant plus de vingt heures de vol.
L’arrachement à son pays a été très difficile comme il a pu nous le partager dans les échanges que
nous avions. Il souhaitait rentrer en Kanaky, une demande de retour avait été faite par son avocate,
sans réponse favorable à ce jour.

Frédéric est mort seul et loin des siens et de sa terre.
Son frère qui venait d’arriver en France, n’a pas pu le voir avant sa mort, la découvrant alors qu’il
appelait la prison pour faire une demande de permis de visite.
L’ensemble du groupe de travail du Collectif Solidarité Kanaky pour le suivi des détenus Kanak
déportés en France, exprime toutes ses condoléances à la famille de Frédéric, à son clan et sa tribu à
Ponérihouen, ses amis, ses co-détenus qui l’ont connu dont ceux encore incarcérés qui apprendront
sa mort derrière les barreaux.
Toute notre solidarité à vous et profonde pensée à lui.

Nous serons à vos côtés jusqu’au bout pour que la lumière soit faite sur les circonstances de son
décès, et pour son rapatriement, pour un dernier voyage sur son île du Pacifique Sud, Kanaky.
Nous poursuivrons le travail de solidarité entamé, et le combat pour que justice soit rendue pour
tous les détenus Kanak déportés en France, et pour le retour immédiat en Kanaky de tous ceux qui le
souhaitent et à la charge de l’État.
Nous n’oublions pas les détenus enfermés à la prison du Camp Est à Nouméa dans les murs de
l’ancien bagne dans des conditions inhumaines, ainsi que tous ceux qui y ont perdu la vie.

Frédéric on ne t’oubliera pas,
et KANAKY XXCRA.
Liberté !

Groupe de Travail sur les prisonniers déportés du Camp Est, Paris le 10 février 2026 .